Être « exotique »

J’ai toujours eu du mal à m’identifier comme faisant partie d’un groupe. J’ai grandi à Tahiti, dans une famille multiculturelle, avec une mère vietnamienne et un père français. Dans un monde où on aime poser des étiquettes à tout, aucune ne me collait vraiment à la peau. J’étais blanche pour les asiatiques, bridée pour les « blancs », et un peu des deux pour les tahitiens. Il faut savoir que Tahiti, bien que la capitale de la Polynésie Française, aime affirmer son indépendance autant que son attachement à la France. En pratique, ça passe par une tolérance du « farani » ou « popa’a » (« peau qui rougit au soleil » en tahitien, autrement dit les étrangers blancs) dans tous les aspects du quotidien. A l’école, il m’était difficile de participer au cours de danse tahitienne (le tamure) ou au cours de langue locale… Car ils me renvoyaient à ma différence. Alors c’est vrai que lorsque l’on est adulte on aime peut-être se démarquer et sortir du lot, néanmoins, ne pas rentrer dans une case à l’adolescence n’est pas facile à vivre tous les jours. Finalement, c’est plus souvent l’autre qui décide de quelle case où tu rentres à ses yeux. Ainsi, lorsque j’ai commencé à travailler dans le tourisme, les français métropolitains me voyaient comme une tahitienne tout comme les touristes américains, tandis que les tahitiens eux-mêmes refusaient de me considérer comme l’une des leurs. Je me souviens aussi du jour où un camarade de classe est venu me demander si j’étais la sœur de ce parfait inconnu, sous le seul prétexte qu’il était chinois. Au début, on est un peu outré par ce genre de réflexion. On a envie de crier « Je ne suis pas chinoise ! Je ne suis pas tahitienne ! » à toutes ces personnes qui se trompent. Puis la question vient : Mais tu es « quoi » au juste ? (Ou ma préférée « Tu viens d’où EN VRAI ? »). Est-ce si important de définir précisément ce que je suis ? Cela change-t-il ton rapport à moi ? Je suis française par mon père, vietnamienne par ma mère, tahitienne par le cœur… Mais aussi une femme, une fille, une sœur, une amante, une étudiante… et je suis aussi réservée, révoltée, impulsive, patiente, attentionnée, pleine d’esprit, rigolote… Donc tout comme personne ne peut se résumer en un seul mot, je ne peux choisir un seul groupe. Il est en conséquence superficiel et vain d’essayer de le faire. Toutefois je comprends la logique du processus. Il est plus facile et rassurant d’attribuer à quelqu’un quelques stéréotypes pour savoir à qui on a à faire ! Aussi, j’ai aussi appris à faire preuve d’indulgence. Peu à peu, j’ai commencé à ne plus me soucier des étiquettes et des cases. Les gens peuvent bien me mettre où ils veulent, tant que ça ne m’empêche pas de bien vivre ! Ceux qui le souhaitent apprendront à me connaître et briseront eux-mêmes les murs de leurs clichés.

website: www.englishroom101.com email: info@englishroom101.com

Comments

Popular posts from this blog

Cours d'anglais à distance

Language development & the future